Quand deux cultures convergent dans une famille franco-russe

La famille franco-russe n'est pas une noix facile à casser. Il n'est pas facile de mordre et de diviser en deux à la fois. Néanmoins, la table ronde "Le rôle de la communication interculturelle dans la vie des familles franco-russes" a tenté de comprendre les subtilités de la coexistence pacifique.

la présidente de l'association "Femmes et enfants russes", a ouvert la réunion avec une curieuse personnalité.

Le service consulaire russe à Paris délivre à lui seul mille autorisations par an pour les mariages mixtes. Parallèlement, un nouveau phénomène : les femmes russes vivant en Espagne, qui souhaitent faire le nœud du mariage avec les Français.

Souvent, les couples franco-russes se marient en Russie, mais viennent vivre en France. Il arrive que l'épouse russe ne parle pas français, et la communication se fait d'abord en anglais. Ce qui ne rend pas la vie plus facile.

Si les relations entre les conjoints se détériorent, ce sont bien sûr les enfants qui en souffrent en premier.

Pour vous éviter, à vous et à votre famille, des problèmes, il existe une solution : apprenez à l'avance la culture de votre partenaire.


Discussions pendant la pause café.

Régis, expert dans le domaine de la communication interpersonnelle, a son propre point de vue sur la question. Chamagne aborde le problème des familles recomposées en les regardant à travers le prisme des formes historiques développées sur différents territoires, par différents peuples.

Les difficultés de fonctionnement de la famille franco-russe proviennent, entre autres, du fait que les personnes élevées dans un modèle familial doivent s'adapter à une structure complètement différente une fois qu'elles sont mariées. Et la famille française est traditionnellement égalitaire, alors que la famille russe est autoritaire avec des éléments de communalité.

Romain Besson, attaché du Parlement européen, est aidé à saisir le problème de l'influence mutuelle des deux cultures par sa propre expérience. Il est marié à une Russe. Depuis plus de dix ans. Une période considérable.

Les épouses russes, selon M. Bessone, se répartissent en deux catégories.

Les premiers, qui se plient aux médias occidentaux, qui ne peuvent pas appeler la Russie autrement que la dictature de Poutine, se considèrent eux aussi comme opprimés. Les seconds, comme leurs grands-mères dans le lointain après-guerre ou leurs mères après l'effondrement des années 90, remontent leurs manches, jettent leurs lourdes charges et les tirent vers le bas.

"Aucun pays n'aurait pu résister à ce que les Russes ont enduré", dit Romain Bessonet, "et les Français auraient eu une catastrophe, ne serait-ce qu'à cause de la moitié de ces événements.

"Le dialogue au sein de la famille est le moment le plus important de la vie", est convaincu le jeune parlementaire.

Dans les familles mixtes, il y a généralement deux problèmes clés. Tout d'abord, les attitudes à l'égard de la foi. Alors qu'en France, le christianisme disparaissait largement, en Russie, il était très important de baptiser les nouveaux-nés.

Deuxièmement, les femmes russes sont plus sensibles à la situation politique. Tout ce qui arrive à leur pays résonne douloureusement dans leur esprit. Un mari français surpris (car les Françaises ne connaissent pas de tels problèmes) doit constamment rassurer sa femme.

Et Romain  a encore une chose en tête : lorsque les Russes ont des querelles familiales, ils doivent se poser leur question favorite : "Qui est à blâmer ? Les Français, en revanche, se disputent et se réconcilient sans ces réflexions fondamentales.


Échange d'expériences

Danny Pluvinage, expert en gestion interpersonnelle, est convaincu que communiquer dans une langue étrangère, quelle que soit sa qualité, entraîne une fatigue plus rapide que de communiquer dans sa langue maternelle. "Lorsque vous changez de pays, tous les phénomènes inconscients deviennent conscients, la dépense énergétique est alors incomparable". Comme on dit, une note pour les jeunes.

"Les Russes sont habitués à faire plusieurs choses à la fois, et cela déstabilise les Français", dit M. Pluvinage, qui a l'expérience du travail en Russie, "les Français sont capables de faire cela, mais pensent que cela témoigne d'un manque de respect envers leur interlocuteur. Avec les Russes, c'est la norme. Un Russe peut vous écouter, regarder le téléphone et s'amuser sur l'ordinateur en même temps, et un Français ne sait pas du tout comment se comporter".

Il y a une autre différence. On reproche aux Français de dire les mauvaises choses. "Ce n'est pas vrai", explique M. Pluvinage, "les Français parlent, mais pas directement, ils font en quelque sorte comprendre ce qu'ils veulent dire. Et ils se comprennent parfaitement entre eux". Les Russes, au contraire, disent directement au front ce qu'ils pensent, mais aux yeux des Français, cela n'a pas l'air très poli.

Et des émotions ! En France, il n'est pas habituel de les montrer en public, dans les lieux publics, au travail. Seulement à la maison. Seulement dans la famille. Ce n'est pas comme ça en Russie.

Seigneur, vous voulez vous exclamer, eh bien, comment s'entendre sous un même toit avec des comportements si différents ? Comment maîtriser des codes étrangers aussi peu familiers ?

"Observez, essayez de comprendre l'autre, ne le jugez pas et soyez indulgent", conseille Robert Prosperini, spécialiste des relations franco-russes, qui est aussi le mari d'une femme russe avec 20 ans d'expérience.

Autre conseil : contrôlez votre comportement de toutes les manières possibles, modérez votre "ego", notre principal ennemi. Essayez de comprendre qu'il y a devant vous un homme qui a déjà vécu selon d'autres critères. Il n'est pas mauvais, pas stupide et pas mauvais, il est juste différent.

Serge Gadal, avocat et auteur de livres sur les stratégies géopolitiques, estime que la Russie est plus protectrice de ses citoyens que la France.

Mariée à un Français, une femme russe reçoit un permis de séjour, qui lui donne le droit de travailler. Et après quelques années, elle peut aussi obtenir la citoyenneté. En Russie, le mariage ne donne pas le droit d'obtenir des documents russes, il y a des difficultés avec le travail, la tension dans la famille s'accroît.

La Russie renforce les traditions familiales, en préservant la possibilité d'hériter plus facilement du nid parental. En France, en raison des droits de succession les plus élevés, la mémoire familiale est pratiquement détruite. Les enfants sont obligés de vendre les appartements dans lesquels ils ont passé leur enfance et leur jeunesse. Il s'avère qu'en Russie, il y a maintenant de nombreux propriétaires, et de plus en plus de Français sont obligés de vivre dans des appartements loués.

"Il est temps de se débarrasser du cliché," est sûr Serge Gadal, "de la France étant le pays d'Artagnan, où la vie est meilleure, plus amusante. Une fois tous les impôts payés, les Français n'ont plus rien pour se divertir, et ils vivent à peu près comme les Russes.

Les jeunes filles et les femmes russes ne doivent pas être flattées par la légèreté de la vie française. Peut-être que les problèmes des familles franco-russes diminueront alors.