Relations russo-françaises : hier, aujourd'hui, demain

L'année 2017 a marqué le 300e anniversaire de la visite de Pierre le Grand en France, qui a eu lieu lors de sa deuxième tournée en Europe occidentale. L'un des résultats de la visite a été l'établissement de relations diplomatiques entre les deux pays. L'exposition au château de Versailles, dont l'inauguration fin mai 2017 a eu lieu en présence du président russe V. Poutine. La réception de haut niveau donnée à V. Poutine par le président nouvellement élu E. Macron a été profondément symbolique. Elle a non seulement démontré à l'invité d'honneur la grandeur historique de la France, mais a également souligné l'importance accordée aux relations avec la Russie et la volonté de Paris d'établir un dialogue avec Moscou dans une période difficile, rappelant parfois la guerre froide.

La coïncidence du trois-centième anniversaire des relations russo-françaises avec l'accession au pouvoir en France du nouveau président E. Macron, qui a déclaré son adhésion à la tradition "gaulliste-mitterrandienne" en matière de politique étrangère, est une bonne raison de se rendre compte du passé, du présent et de l'avenir des relations entre Paris et Moscou.

Le réalisme et le romantisme d'une "relation spéciale


Les relations entre les pays sont toujours uniques à leur manière. Néanmoins, ce ne sont probablement que les relations russo-françaises qui sont qualifiées de "spéciales". La raison n'en est pas seulement la durée, la multidimensionnalité des contacts ou la convivialité. "'Spécial' ne signifie pas idyllique, sans conflit. Les relations russo-françaises ont connu des hauts et des bas : des guerres brutales, des périodes de confrontation ont finalement été remplacées par des périodes de paix et d'harmonie.

La Russie et la France ont été des alliés dans deux guerres mondiales du XXe siècle. La Première Guerre mondiale a été précédée par la conclusion, en 1893, d'une alliance politico-militaire entre les pays. L'héroïsme du corps expéditionnaire russe et l'offensive de l'armée russe sur le front de l'Est ont en fait sauvé la France de la défaite. Le maréchal français F. Foch, comme on l'appelle, était catégorique dans son évaluation des événements de ces années-là : "Si la France n'a pas été effacée de la face de l'Europe, alors nous le devons avant tout à la Russie".

Le régiment aérien Normandie-Neman était le symbole de la fraternité militaire entre les deux pays pendant la Seconde Guerre mondiale. Les pilotes français sont les seuls représentants officiels de l'Europe occidentale qui combattent aux côtés de l'Armée rouge. Le mouvement de résistance, inspiré et dirigé par Charles de Gaulle, sa "France combattante" a contribué à la victoire sur le nazisme.

Alexei Chikhachev :
Les priorités régionales de la politique étrangère française : les relations avec la Russie
Cependant, dans l'histoire des relations russo-françaises, il y a aussi des exemples inverses : l'invasion de l'armée "à double langage" de Napoléon ; la guerre de Crimée de 1853-1856 ; la France "Peten", qui a rompu les relations avec l'URSS et collaboré avec l'Allemagne de Hitler ; plusieurs dizaines de milliers de volontaires français qui ont combattu aux côtés du Troisième Reich.

Les relations entre les deux pays après la Seconde Guerre mondiale ont également été difficiles. Il suffit de se rappeler la crise de Suez de 1956, le soutien soviétique au Front de libération nationale pendant la guerre d'Algérie, la rupture du Traité d'alliance et d'assistance mutuelle de 1944 en 1955 à l'initiative de Moscou, etc. Néanmoins, les années 1960-1980 ont été la période "glorieuse" des relations franco-soviétiques. À bien des égards, elle est liée à la personnalité du président Charles de Gaulle, qui a dirigé la République française de 1958 à 1969 (si l'on exclut les années 1944-1946, où le général a dirigé un gouvernement provisoire en France). Cependant, la perception de de Gaulle, de ses idées et de ses vues sans comprendre le contexte historique - l'ère bipolaire des relations internationales - péchera inévitablement par un certain "romantisme". Bien sûr, de Gaulle avait un grand respect pour l'URSS, l'exploit du peuple soviétique pendant les années de guerre, mais sa tâche prioritaire était de préserver la "grandeur de la France", son indépendance et son équidistance par rapport aux deux superpuissances. Il a accompli cette tâche avec succès en manœuvrant entre les États-Unis et l'URSS, tout en restant dans les rangs de l'Occident collectif. La ligne de politique étrangère définie par de Gaulle, que l'on appelle communément le gaullisme, a été suivie d'une manière ou d'une autre par tous ses partisans jusqu'à l'effondrement du commonwealth socialiste puis de l'Union soviétique. 

La période d'espoir et de romantisme politique des relations franco-soviétiques est tombée sous le règne de M. Gorbatchev, qui a culminé avec l'adoption de la Charte de Paris de la CSCE. Cependant, les rêves du dernier dirigeant soviétique et du président François Mitterrand de construire une nouvelle Europe unie, presque confédérative, n'étaient pas destinés à se réaliser. Les menaces de résurgence des "démons du nationalisme" de toutes sortes, que F. Mitterrand avait pressenties, se concrétisent. Les changements géopolitiques historiques ont inévitablement entraîné des changements dans les relations russo-françaises. La désintégration de l'URSS a porté le coup le plus dur à la Russie, sapant l'influence et le poids du pays sur la scène internationale et en Europe en particulier. L'effondrement du système bipolaire a été extrêmement douloureux pour la France, qui s'adapte aux nouvelles réalités géopolitiques depuis plus d'un quart de siècle, en essayant de maintenir son rôle de leader dans une Europe élargie et une Allemagne unifiée. Pour la France, dans ce contexte, les relations avec la Russie, malgré leur importance et leurs profondes racines historiques, ne sont plus une priorité, et le renforcement de l'ordre mondial unipolaire a inévitablement conduit à l'"Atlantisation" de la politique étrangère du pays, qui s'est particulièrement manifestée sous le règne de Nicolas Sarkozy et de Florence Hollande. À son tour, l'Allemagne unifiée, en raison de sa position géographique, de sa communauté russophone de plusieurs millions de personnes et de son économie plus puissante, est devenue, peut-être, le principal partenaire économique et politique de la Russie.

Mais qu'est-ce qui a inévitablement rapproché la Russie et la France, malgré les guerres et les périodes de confrontation ? Probablement leur poids géopolitique et leur position de leader tant en Europe que sur la scène mondiale. La France, entourée par l'empire des Habsbourg pendant des siècles, avait besoin d'une alliance dite arrière. La Russie, à son tour, voyait la France comme le principal partenaire géopolitique de l'Europe, qui avait également un "soft power" très attrayant.

Captive du "soft power" français


Nous devons admettre que l'analyse historique de l'évolution des relations franco-russes a été limitée par le paradigme réaliste, qui néglige un aspect extrêmement important de ces relations : les liens culturels et humanitaires entre les deux pays. Ce sont ces liens qui déterminent en fin de compte l'interaction unique et profonde qui leur permet d'être qualifiés de "spéciaux".

Arnaud Dubien :
Les relations russo-françaises sont menacées par l'indifférence
La Russie est l'un des rares, sinon le seul pays européen à avoir été sous le charme de la "puissance douce" française pendant trois siècles.

Le français est très répandu dans la noblesse russe. En Russie, l'influence de la littérature française, de la pensée sociale, de la science, des beaux-arts, de l'architecture, du cinéma était énorme. La société française, à son tour, est également désireuse de découvrir un pays lointain et inconnu, surtout après la fin des guerres napoléoniennes. Les contacts intensifs entre les peuples et les pays se sont sensiblement intensifiés déjà au moment de la Révolution française, lorsqu'un nombre considérable d'aristocrates français, fuyant la répression, ont trouvé refuge dans l'Empire russe. Il est remarquable que, pratiquement en un siècle, le processus d'émigration ira dans le sens inverse, alors qu'en France, il y aura environ 200 000 de nos compatriotes, représentant pour la plupart l'élite de la société russe, fuyant un régime bolchevique. La Russie et la France sont également largement unies par le fait que les deux pays ont été le foyer de deux grandes révolutions qui ont eu une profonde influence sur le développement de la civilisation humaine. La vocation messianique était tout aussi particulière à la France qu'à la Russie. Cette passion n'a pas disparu à l'heure actuelle.

À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, la culture russe commence à susciter un intérêt croissant chez les Français. I. Turgenev [1] a apporté une contribution remarquable au développement des contacts culturels et littéraires, ainsi que des ouvrages sur la Russie d'auteurs français, y compris dans le genre populaire à l'époque des notes de voyage. Les œuvres de A. Dumas, le roman de la comtesse S. de Ségur (née Rastopchina), le général Durakin, et les Aventures de Mikhaïl Strogov de J. Verne ont jeté les bases des notions romantiques positives françaises de la Russie. En revanche, un peu plus tôt, une autre tradition de perception négative de la Russie s'est établie. Elle est liée au pamphlet politique du marquis A. de Cousteen "La Russie en 1839", qui donne une image désagréable d'un "pays barbare". Un tel dualisme dans la perception de la Russie par la société française persiste encore aujourd'hui.

La particularité des relations entre les deux pays était et est peut-être non seulement la coïncidence des intérêts géopolitiques et de leur importance dans le monde, mais plus encore la forte imbrication mutuelle des destinées et des cultures humaines, qui ont apporté une énorme contribution au trésor de la civilisation mondiale.

Le procès des crises syrienne et ukrainienne


Les crises syrienne puis ukrainienne ont marqué un tournant dans les relations de la Russie non seulement avec la France, mais aussi avec l'Occident dans son ensemble. Les événements en Ukraine ont été la pire crise depuis la fin de la guerre froide. Cependant, la détérioration des relations a commencé bien plus tôt, et elle est devenue particulièrement visible après le retour de Poutine à la présidence. La diabolisation de Poutine et de la Russie, les accusations de "glissement vers l'autoritarisme" et les violations des droits de l'homme et des libertés démocratiques sont devenues la norme pour les médias occidentaux, y compris les médias français.

Quant à la crise syrienne, Paris est en désaccord avec la position de Moscou concernant B. Assad qui est considéré en France comme "le bourreau du peuple syrien" et l'auteur de la guerre civile. Il est également scandaleux que les dirigeants russes aient commencé non seulement à contester verbalement la politique occidentale visant à "démocratiser par la force" des régimes inaptes et autoritaires en utilisant la technologie des "révolutions de couleur", mais aussi à s'opposer à cette politique dans la pratique. L'establishment politique français a fermement cru aux bienfaits du concept d'"intervention humanitaire" dont l'un des principaux inspirateurs idéologiques a été la célèbre personnalité française, l'ancien ministre français des affaires étrangères B. Kouchner. Kouchner.

De facto, seuls le "tsunami migratoire" et les attentats terroristes d'une brutalité sans précédent qui ont secoué le pays en 2015-2016 ont fait réfléchir les militants de la démocratie "sur tous les fronts" et ont forcé les dirigeants du pays à s'engager sérieusement dans la lutte contre le terrorisme international.

Le changement de la position française sur la crise syrienne et l'approche apparemment plus sobre de sa résolution à l'automne 2016 ont été remplacés à nouveau par une critique acerbe du Kremlin - désormais en rapport avec les événements autour d'Alep. Les accusations de "crimes de guerre" russes et de "génocide de civils" à Alep, lancées non seulement par les médias français mais aussi par une partie de l'élite politique, ne correspondaient pas à la réalité et démontraient plutôt l'impasse dans laquelle Ke d'Orsay s'est enfermé. Les événements en Ukraine ont encore tendu les relations entre Moscou et Paris. La France a rejoint les sanctions sectorielles et personnelles imposées par l'UE à la Russie pour "violation flagrante du droit international" et "annexion de la Crimée". Néanmoins, un certain nombre de personnalités politiques françaises, contrairement à leurs homologues allemands par exemple, ont suggéré que les résultats du référendum en Crimée et le contexte historique des événements dans la péninsule et en Ukraine dans son ensemble soient pris en compte. Parmi eux, on peut citer V.-J. d'Estaing, N. Sarkozy, F. Fillon, J.-P. Chevenman, Y. Vedrin et d'autres.

En signe de protestation contre les "actions agressives" de la Russie, la partie française a gelé le travail des institutions communes de coopération politique et commerciale et économique, a décidé de rompre le contrat de livraison des porte-hélicoptères "Mistral". Toutefois, dans cette situation difficile, Paris a trouvé la force et la sagesse politiques pour préserver la possibilité d'un dialogue avec Moscou sous la forme du format normand, qui a permis d'aboutir à la conclusion des accords de Minsk. Il convient de noter que la "question de la Crimée" n'était pas à l'ordre du jour du quatuor de Normandie, bien que Paris et Berlin ne vont pas modifier leur position initiale sur cette question. Ces dernières années, les parlementaires français, en particulier les sénateurs français, ont également essayé de contribuer à la normalisation des relations franco-russes chaque fois que cela était possible. Notamment, en 2016, les deux chambres du parlement du pays ont adopté des résolutions de recommandation appelant le gouvernement français à lever les sanctions contre la Russie. 

 

Les crises syrienne et ukrainienne sont devenues un tournant décisif non seulement dans les relations entre la Russie et la France, mais aussi entre la Russie et l'Occident. Il est probable qu'ils resteront dans l'histoire comme deux événements mondiaux importants qui ont été les signes avant-coureurs d'un nouvel ordre mondial fondé sur la fondation d'un monde polycentrique.

Que peut-on attendre du président Macron ?


Malgré les vives critiques formulées à l'encontre de la Russie pendant la campagne électorale et l'indignation des médias d'État russes - Spoutnik et RT - qui, selon M. Macron, diffusaient de fausses informations à son sujet, le nouveau président français a invité Vladimir Poutine à effectuer une visite de travail à Paris juste après son entrée en fonction. Qu'est-ce qui pourrait expliquer une telle mesure inattendue ? La réponse à cette question a été donnée par le jeune dirigeant français lui-même, en disant qu'il est aujourd'hui impossible de trouver une solution à un problème mondial majeur sans la Russie.

Les entretiens avec Vladimir Poutine, ainsi que l'invitation surprise de Trump à la célébration de la fête nationale du 14 juillet, le jour de la Bastille, peuvent être considérés comme les premiers signes d'un ajustement du cours de la politique étrangère de Paris. Nous pouvons supposer que la ligne de politique étrangère de Macron est un retour, bien qu'à un nouveau tournant de l'histoire, au rôle traditionnel et plus indépendant de la France sur la scène internationale, rappelant d'une certaine manière la politique du gaullisme. Le gaullisme est un produit de l'ère bipolaire. Quelque chose de similaire commence à se dessiner maintenant que, selon le président français, l'ordre mondial de 1989 "fondé sur la mondialisation ultra-libérale et l'hyper-puissance d'un seul État" est en train de devenir historique. La critique de la politique étrangère française de ces dernières années par les célèbres politiciens et diplomates français, y compris les anciens ministres des affaires étrangères [2], semble avoir été entendue par l'équipe de l'actuel propriétaire du Palais de l'Elysée - la politique étrangère de Paris devient plus pragmatique, indépendante et s'éloigne des idées compulsives d'"exportation des valeurs occidentales" dans le monde entier. La notion d'intérêt national est à nouveau recherchée.

Ces changements dans la stratégie de la politique étrangère française font espérer une nouvelle dynamique dans les relations russo-françaises. Les positions de deux pays sont similaires sur de nombreux problèmes internationaux. La Russie et la France aspirent à un monde polycentrique, en préservant les principales institutions internationales et leur rôle dans la régulation des relations internationales, au premier rang desquelles les Nations unies. Les pays sont prêts à coopérer dans la lutte contre le terrorisme international et la prolifération des armes de destruction massive. Les positions de la Russie et de la France sur la crise syrienne ont convergé. Le soutien de Moscou aux efforts diplomatiques français visant à lutter contre le changement climatique, la menace du réchauffement, la solution des problèmes écologiques ne peut être négligé.

Quant aux relations bilatérales entre la Russie et la France, il faudra non seulement de la bonne volonté mais aussi des efforts pour les rétablir. Tomber dans un pessimisme excessif, ainsi que dans l'optimisme, n'est guère raisonnable. Cependant, les relations russo-françaises dans leur ensemble n'ont pas perdu leur important potentiel de développement. Malgré leur refroidissement dû à la crise ukrainienne et aux sanctions économiques et politiques imposées à la Russie, les liens culturels, humanitaires et scientifiques sont restés à un niveau élevé, et l'intensité de l'interaction culturelle a même augmenté. L'ouverture en octobre 2016 du Centre spirituel et culturel russe du Quai Branly à Paris a incarné cette tendance positive.

Il convient également de noter la reprise naissante des liens commerciaux et économiques entre la Russie et la France. Au début de la décennie, la crise financière mondiale et la dévaluation du rouble ont causé des dommages considérables à la coopération économique entre les pays. Les sanctions économiques sectorielles et les mesures de rétorsion de la Russie ont encore aggravé la situation. En conséquence, le chiffre d'affaires commercial entre les pays est passé de 21 milliards de dollars à 12 milliards de dollars pour la seule année 2013-2015. Néanmoins, en 2016, il a encore augmenté de 13,8%, pour atteindre 13,267 milliards de dollars [3]. Au cours des deux dernières années, la France est devenue un important investisseur étranger en Russie. Malgré les sanctions, près de 500 bureaux de représentation de sociétés françaises ont poursuivi leur travail sur le marché russe. Parallèlement à la coopération dans des secteurs traditionnels tels que l'énergie, l'aérospatiale, l'ingénierie des transports, le secteur agroalimentaire, etc., l'interaction dans les nouvelles industries de haute technologie liées aux technologies de l'information prend de l'ampleur.

Le dialogue politique entre Paris et Moscou suscite un optimisme prudent, comme en témoignent les contacts de plus en plus fréquents entre les ministres des affaires étrangères des deux pays. On ne peut que se féliciter de la décision des présidents Vladimir Poutine et Eduard Macron de lancer le "Dialogue du Trianon" - des réunions et des discussions régulières de représentants de la société civile entre les pays, à l'instar du "Dialogue de Saint-Pétersbourg" entre la Russie et l'Allemagne, qui a montré son efficacité dans l'établissement de contacts bilatéraux. 

Néanmoins, il est peu probable que le dialogue entre Moscou et Paris sous Macron devienne amical et atteigne le niveau d'un partenariat stratégique dans un avenir proche. En espérant que tout ira bien, il est nécessaire d'évaluer sobrement les limites objectives de la politique étrangère de la France, y compris par rapport à la Russie. Par exemple, la politique de sanctions. Les sanctions imposées par les États-Unis à la Russie pour une prétendue ingérence des pirates informatiques russes dans l'élection présidentielle dépassent le cadre national américain et se veulent universelles. Même si ces "démarches" sont peu conformes au droit international, il sera difficile pour les entreprises françaises de résister à la pression de Washington, car le marché américain est beaucoup plus important et rentable pour elles que le marché russe. Il est donc peu probable que les dirigeants français puissent prendre la décision délibérée de résister à leur principal allié de l'Atlantique Nord pour des raisons de principe.

Alexei Chikhachev :
Les priorités régionales de la politique étrangère de la France : les relations avec les États-Unis
Nous ne devons pas non plus oublier la solidarité européenne, qui ressemble parfois à une responsabilité mutuelle, et la nécessité pour la France de coordonner ses politiques avec celles de ses collègues de l'UE. Paris seul n'ira pas à l'encontre du courant politique de Bruxelles. Il est douteux que les pays puissent converger de sitôt sur la crise ukrainienne. Au moins pour l'instant, Paris soutiendra Kiev dans presque tout et verra la cause du conflit de Donbas dans "l'agression" de la Russie et son soutien aux séparatistes russophones.

Enfin, il est difficile de supposer que l'équipe de Macron réduira les accusations déjà ennuyeuses et souvent doubles de "violations des droits de l'homme, de la liberté et de la démocratie" par les dirigeants russes. Au contraire, le président Macron a répété à maintes reprises qu'il est prêt à dialoguer avec Moscou, mais dans le but de défendre ses valeurs.

C'est devenu une tradition de rappeler les célèbres paroles du général de Gaulle en décembre 1944 lorsque de nombreux auteurs discutent des relations franco-russes : "Etre uni signifie être fort pour la France et la Russie ; être divisé signifie être en danger. En effet, c'est une condition immuable en termes de géographie, d'expérience et de bon sens. Ces mots, prononcés dans un contexte historique différent, peuvent sembler avoir perdu leur pertinence. Mais, d'un point de vue géopolitique, la France est toujours intéressée par une Russie forte, malgré tous les désaccords et les critiques. La Russie, qui apprécie sa "relation spéciale" avec Paris, a besoin d'une France forte et influente.